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Jeudi 13 décembre 2007
Dans le cadre de notre rubrique les "mois patriotes", nous continuons d'explorer l'univers qui entourait Georges Clémenceau.

Contexte historique

 
1912 : Armand Fallières est président de la République depuis six ans. A la tête du gouvernement depuis le début de l’année, Raymond Poincaré dirige un cabinet qui sera lui aussi, comme les précédents, marqué par l’instabilité ministérielle. Briand est à la Justice, Delcassé à la Marine, Millerand à la Guerre, Bourgeois au Travail et à la Prévoyance sociale.
Les élections sénatoriales en janvier et municipales au printemps placent de nouveau le personnel politique sous les feux de l’actualité ; et Henri Brisson meurt peu après.
Les modérés et la droite sont en progrès, et la République radicale semble avoir épuisé ses marges de manœuvre les plus novatrices, mais gauche et droite s’opposent toujours sur des sujets sensibles : l’accord franco-allemand, la réforme électorale et la proportionnelle, le rôle du syndicalisme dans la société, les tensions internationales…, plaçant les partis politiques encore jeunes (Parti radical, SFIO, Alliance républicaine démocratique, Action libérale populaire…) au centre de la vie démocratique.

Analyse de l'image

bos6-eloy-002z.jpg

Dans une série qui s’étire en longueur, quatorze hommes politiques de grande mais d’inégale importance sont représentés en habit de tous les jours. Socialistes, radicaux et hommes de la droite libérale et catholique sont là, chacun d’eux s’occupant d’une plante particulière. Seuls Millerand et Jaurès sortent du lot : le premier présente une statue ailée de la République ; le second est représenté lui-même en fleur — celle de rhétorique bien sûr — au sommet de laquelle un papillon vient se poser.
Cette association entre le végétal et le personnel politique professionnel est censée dévoiler le caractère ou un des traits les plus significatifs du personnage représenté, le quatrain situé au bas de la caricature apportant, outre des précisions et des détails, une touche humoristique allant parfois jusqu’à la moquerie.
Ainsi, parmi les socialistes, si Jaurès est signalé comme le plus important des orateurs, le blanquiste Edouard Vaillant, associé au pavot, est désigné avec quelques bonnes raisons comme son antithèse — c’est-à-dire comme celui qui endort les députés à chacune de ses interventions —, tandis que le marxiste Jules Guesde, s’occupant d’un chardon sec et piquant, est brocardé pour son sectarisme et son intransigeance. Du côté des radicaux, le farouche laïc et anticlérical Henri Brisson, pour qui il ne devait pas y avoir d’ennemi à gauche, jardine un pied de campanule-carillon dont les clochettes rappellent celle qu’il agite très souvent à la Chambre, en tant que président, pour diriger les débats. A ses côtés, le bouillant et gauchisant Camille Pelletan, empêtré dans les tiges noueuses de plusieurs coquelicots rouge sang, rumine ses pensées vraiment radicales. Quant à la rose-cactus Clemenceau, redouté par ses pairs parce qu’individualiste et intraitable, il ne fait aucun doute que celui qui s’y frottera continuera de s’y piquer…
Les parlementaires de droite sont tout aussi finement caractérisés, à l’image du banquier Edouard Aynard, homme d’affaires lyonnais et régent de la Banque de France, associé au souci (celui d’être riche !) ; c’est aussi le cas de l’abbé Lemire, député d’Hazebrouck, républicain convaincu soucieux de résoudre les problèmes sociaux ; tournant le dos à son voisin de droite et parlant à Jules Guesde, il symbolise et appelle de ses vœux, par le biais du lis blanc, l’union de tous les catholiques et de la France républicaine — vingt ans tout juste après l’amorce du Ralliement.
Dans cette serre un peu particulière, les autres personnalités politiques ne dépareillent pas : ni le député du Calvados Henri Chéron, en dahlia, qui veut être connu et apprécié et dont les heures de gloire seront plus tardives ; ni Maurice Faure qui rêve sous l’hélianthe ; ni Théophile Delcassé, derrière son nélombo exotique, dont la carrière politique fut tant liée aux Colonies, aux Affaires étrangères et à la Marine ; ni le chrysanthème Millevoye, ancien boulangiste mais toujours fervent nationaliste dont l’espérance semble alors bien fanée ; ni l’onduleux et vivace Aristide Briand, représenté ici par l’iris (le doute après l’espoir, les faux sentiments…) en raison de son parcours politique sinueux.

Interprétation

Pendant tout le XIXe siècle, les caricaturistes ont utilisé des procédés métamorphiques tels que la végétalisation et l’animalisation afin de déstabiliser des personnalités pourvues d’une autorité politique reconnue (tout le monde a encore à l’esprit la représentation de Louis-Philippe en poire…).
Avec ces deux tableaux, Eloy-Vincent creuse le sillon ouvert en 1871 et 1891 par Alfred Le Petit avec ses séries intitulées « Fleurs, fruits et légumes du jour », dans lesquelles les grandes figures politiques de son temps étaient elles aussi représentées par un végétal. L’artiste n’a pas souhaité pour autant s’inscrire dans cette seule continuité gentiment antiparlementaire. Afin de ne pas trop s’écarter des canons humoristiques de son époque (pour ne pas sombrer dans l’antiparlementarisme primaire) et afin de ne pas dégrader trop violemment les personnages représentés en les déshumanisant par le biais de la régression vers le stade végétal, il a en effet pris soin (sauf dans le cas de Jaurès) de ne pas confondre ses modèles avec les fleurs elles-mêmes ; surtout, il a fusionné cette idée première avec le langage des fleurs (d’origine allemande) qui était très en vogue dans la bourgeoisie européenne d’alors et particulièrement dans la France de la Belle Epoque. L’artiste prouve aussi, à sa manière, que les activités politiques étaient devenues familières, ordinaires, inscrites dans le décor quotidien et finalement bien acceptées par les Français de l’époque.
Comme tous les caricaturistes de son temps, Eloy-Vincent remplit ainsi un des rôles qui, inconsciemment mais nécessairement, étaient dévolus à tous les caricaturistes : faire connaître à un très large public — y compris aux « charmantes dames » et aux « belles amantes » sensibles au (seul ?) langage des fleurs — le personnel politique d’une république qui n’avait initialement ni corps ni visage (contrairement à la monarchie et à l’empire) et qui s’en donna un trop abstrait (l’allégorie de Marianne) pour pouvoir faire l’économie de la représentation individuelle (qu’elle soit incarnée, animalisée ou végétalisée) de chacun de ses représentants les plus prestigieux. Leur avenir en dépendait tout autant que le dynamisme du débat démocratique.

source : histoire-image.org
Toile : ELOY-VINCENT La Serre politique et parlementaire - 1912

Auteur : Alain BOSCUS
par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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Mardi 11 décembre 2007
Dans le cadre de notre rubrique les "mois patriotes", nous continuons d'explorer l'univers qui entourait Georges Clémenceau. Aujourd'hui, nous "zoomons" sur l'affaire Dreyfus.

Les rebondissements de l’Affaire

L’arrestation et la condamnation d’un officier juif français, Alfred Dreyfus, en décembre 1894, suite à la découverte d’un bordereau anonyme renfermant des informations secrètes destinées à l’Allemagne, parurent clore cette banale histoire d’espionnage. Cependant, celle-ci devait connaître de nouveaux rebondissements lorsque le lieutenant-colonel Picquart établit l’identité du véritable traître, le commandant Esterházy, en mars 1896 et que ce dernier fut acquitté par le conseil de guerre le 11 janvier 1898, au terme d’un procès inique. Cette décision scandaleuse ne fit qu’attiser les passions antagonistes qu’avait déclenchées l’Affaire et incita les partisans de la révision du procès de Dreyfus à se mobiliser pour émouvoir l’opinion publique en sa faveur.

La mobilisation des dreyfusards

den27-dreyfus-001z.jpgLa publication du manifeste de Zola, « J’accuse… !  », dans L’Aurore le 13 janvier 1898, véritable bombe à retardement dirigée contre l’armée et le gouvernement qui avaient participé à la condamnation d’un innocent, servit de prélude au rassemblement des dreyfusards, désireux d’accroître leur audience au sein de l’opinion, comme en témoigne cette affiche, publiée en 1898 dans le supplément gratuit au journal Le Siècle, favorable à la révision. Sous le titre « Dreyfus est innocent », elle présente les photographies des « défenseurs du droit, de la justice et de la vérité », qu’encadrent les inscriptions « Vive la France ! », « Vive la République !  », « Vive l’Armée ! » et « À bas les traîtres ! ». Des individus de faible notoriété côtoient ici de grandes figures intellectuelles et politiques de l’époque : appartenant à la première catégorie, Bernard Lazare, écrivain juif, et Scheurer-Kestner, vice-président du Sénat et alsacien comme Dreyfus, furent parmi les premiers à donner un retentissement national à l’Affaire ; dans la seconde catégorie, citons la présence de Georges Clemenceau, célèbre polémiste, fondateur du journal L’Aurore, celle d’Émile Zola, dont l’engagement public en faveur de Dreyfus entraîna la condamnation et l’exil, celle de Jean Jaurès, penseur socialiste qui s’impliqua de façon active dans l’Affaire à partir de 1897-1898, et celle de Joseph Reinach, serviteur juif de l’État et républicain convaincu qui concentra sur sa personne toutes les haines antisémites de l’époque. Au centre de cette galerie de portraits trône la photographie en buste du lieutenant-colonel Picquart, revêtu de l’uniforme militaire, que sa conviction de l’innocence de Dreyfus incita à se dresser contre l’état-major désireux d’étouffer l’affaire.

Les deux France

La présence de slogans tels que « Vive la France ! » sur cette affiche et l’existence d’une autre affiche similaire, que seuls l’intitulé « Dreyfus est un traître » et les portraits d’antidreyfusards notoires –le ministre de la Guerre Cavaignac et trois généraux – distinguent de la précédente, mettent en lumière deux phénomènes : d’une part, le rôle important joué par la presse dans le débat entre dreyfusards et antidreyfusards, qui utilisaient les journaux comme tribunes pour diffuser leurs opinions ; d’autre part, la volonté des deux camps de s’organiser et la conviction de chacun d’eux d’incarner à lui tout seul la France, conviction d’autant plus profondément ancrée que les clivages entre les partis politiques ne permettaient pas réellement d’établir une ligne de démarcation entre dreyfusards et antidreyfusards. Tandis que les premiers combattaient au nom des idéaux universels de vérité et de justice, les seconds, animés par un nationalisme et un antisémitisme virulents, s’appuyaient sur deux puissantes institutions, l’Armée et l’Église, pour défendre les valeurs d’ordre et d’autorité.

Auteur : Charlotte DENOË
par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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Vendredi 7 décembre 2007
Dans le cadre de notre rubrique les "mois patriotes", nous continuons d'explorer l'univers qui entourait Georges Clémenceau. Fondateur du journal "L'aurore", c'est lui qui a choisi le fameux titre accrocheur et provocateur "J'accuse !".

L’affaire Dreyfus : une erreur judiciaire

En mars 1896, Picquart, le nouveau chef des Services de renseignements de l’état-major, découvrit l’identité du véritable traître, le commandant Esterhazy. Celui-ci, qui entretenait des relations suspectes avec l’Allemagne, était l’auteur du fameux « bordereau », cette pièce à conviction qui avait entraîné la condamnation et la déportation d’un officier juif français, Alfred Dreyfus, en décembre 1894. Toutefois, l’état-major, soucieux de sauver l’honneur de l’armée française, préféra étouffer l’affaire, en mutant Picquart et en créant de toutes pièces un document accablant Dreyfus, auquel l’Histoire a donné le nom de son auteur, le « faux Henry ». Sous la pression de l’opinion, Esterhazy dut néanmoins passer en conseil de guerre, pour être finalement acquitté le 11 janvier 1898.

J’accuse… !

jaccuse.jpgDevant cette iniquité, les partisans de la révision du procès de Dreyfus se mobilisèrent pour émouvoir l’opinion publique en faveur du capitaine. Le 13 janvier 1898, Émile Zola publia dans le journal L’Aurore, fondé par Clemenceau et Vaughan l’année précédente, une lettre ouverte au Président de la République, Félix Faure, dont le titre provocateur, « J’accuse… ! », choisi par Clemenceau, s’étalait en gros caractères sur la page de titre du journal. Dans cette longue et dense plaidoirie, qui occupe les deux premières pages du journal sur six colonnes, Zola rappelle dans un premier temps les circonstances de l’Affaire, la découverte du bordereau et la condamnation de Dreyfus, puis revient sur la révélation de la trahison du commandant Esterhazy, avant de dénoncer son acquittement scandaleux et d’accuser, dans une suite de litanies commençant par le célèbre « J’accuse », les ministres de la Guerre, les officiers de l’état-major et les experts en écriture convoqués lors du procès d’Esterhazy d’être responsable de la condamnation d’un innocent, en acquittant un coupable. A l’exactitude et à la fiabilité des informations livrées par Zola s’ajoute la vigueur du style de l’écrivain, faisant de cet article un monument littéraire, une véritable « prophétie » pour reprendre l’expression d’un admirateur enthousiaste, Charles Péguy (« Les récentes œuvres de Zola », dans Cahiers de la Quinzaine, 4 décembre 1902, p. 33). A une époque où l’audience de la presse s’affirmait de plus en plus, ce pamphlet eut un grand retentissement dans l’opinion publique : proclamé dans la rue durant la journée du 13 janvier par les vendeurs du journal L’Aurore, tiré pour l’occasion à 300 000 exemplaires, le cri « J’accuse » entraîna une grande effervescence dans les rues de Paris, tandis qu’il exposa son auteur à une bouffée de haine sans précédent.

La vérité en marche

En s’engageant ainsi publiquement, Émile Zola atteignit le but qu’il s’était fixé : le gouvernement lança immédiatement des poursuites judiciaires contre lui et contre le journal de Clemenceau. L’extraordinaire médiatisation du procès de Zola, qui aboutit à sa condamnation le 23 février 1898, donna une grande publicité à l’Affaire, cristallisant les passions dreyfusardes et antidreyfusardes et révélant au monde entier les zones d’ombre qui entouraient les procès de Dreyfus et d’Esterhazy. Cette affaire se transforma alors en véritable crise morale et politique, et il fallut attendre 1906 pour que Dreyfus, condamné de nouveau au terme d’un second procès non moins inique puis grâcié, soit réhabilité par le gouvernement.

Auteur : Charlotte DENOËL
source : musee-deuxvictoires.fr
par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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Mercredi 5 décembre 2007
Dans le cadre de notre rubrique les "mois patriotes", nous vous invitons ce mois-ci à découvrir d'un peu plus près le personnage de Georges Clemenceau.

Contexte historique :
Clemenceau avant l’Affaire Dreyfus.
Médecin, issu d’une famille bourgeoise de la Vendée de tradition républicaine, Clemenceau entre véritablement dans la carrière politique après 1870. Maire du XVIIIe arrondissement pendant la Commune, il est élu député de la Seine en 1871 et siège à la gauche du parti radical. La finesse de son intelligence et son éloquence cinglante font sa réputation de « tombeur de ministères ». En ayant à cœur de faire triompher les idées du « programme démocratique et libéral » proclamé à Belleville en avril 1869, Clemenceau et les siens refusent la République des « opportunistes », dont les réformes sont jugées trop timides. En 1880 ils fondent dans cet esprit La Justice, journal porte-voix qui favorise l’entrée d’une quarantaine d’entre eux à la Chambre l’année suivante. Les élections législatives d’octobre 1885 qui succèdent à la chute du long ministère Ferry sont alors l’occasion pour eux d’accroître leur poids politique.

Jean-François RAFFAELLI (1850, 1924)
Georges Clemenceau prononçant un discours dans une réunion électorale.1885.
clemenceau2.jpg

Analyse de l'image :
Une réunion électorale
Raffaëlli était alors un peintre connu. Il exposait au Salon depuis plus de dix ans, réussissant à imposer une peinture alors originale, à la fois par le choix de ses sujets (la réalité quotidienne de la vie urbaine, souvent de la banlieue), une esthétique volontairement dépouillée et un style « moderne » proche des impressionnistes, avec lesquels d’ailleurs il exposa à l’initiative de Degas, qui le tenait en grande estime. Clemenceau, debout au centre, harangue la foule réunie au cirque Fernando. Il est entouré de ses collaborateurs de La Justice, de l’état-major du parti radical et de quelques amis proches : on reconnaît, en partant de la gauche, Raffaëlli lui-même, puis Léon Millot et Lucien Barrois. Ecrivant, assis à la table, Sutter Laumann (avec des lunettes) et Mario Sermet. Au-dessus de Clemenceau, à droite, Stephen Pichon (portant lunettes) et Albert Clemenceau. Dans l’espace compris, à gauche, entre la rampe et l’estrade, on repère de gauche à droite Louis Amiable, Gustave Geffroy, E. Trebucien et Paul Degouy. Derrière la chaise, à gauche, Hercule Rouanet, à droite Crawford (reconnaissable à sa barbe blanche). « Ce que le peintre cherchait surtout dans un décor de vérité générale, c’était la façon dont se comporte un homme qui parle à d’autres hommes », nota Gustave Geffroy, critique proche des impressionnistes et lui-même représenté dans le tableau. « L’impression qu’il a voulu produire, c’est celle d’une volonté en action et d’un silence attentif et passionné. »

Interprétation :
Ce tableau de Raffaëlli présente George Clemenceau au début de sa carrière politique. Il s’agit du Clemenceau d’opposition, du leader des radicaux qui composent alors l’extrême gauche de la Chambre. Doué déjà d’une impressionnante autorité, il est le chef de file des « intransigeants », qui refusent l’union des républicains au premier tour face aux conservateurs. Raffaëlli nous montre remarquablement bien son aisance face à un auditoire qu’il captive tant par sa parole que sa gestuelle. Le brillant parlementaire est en effet l’un des plus grands orateurs de la IIIe République. L’œuvre nous montre en même temps un caractère : au delà des clivages de partis, Clemenceau trace un chemin qui lui est propre, n’hésitant pas à faire « tomber » les ministères dont la politique s’écarte de ses principes. Aussi, en parvenant au second tour des élections de 1885 à détenir, aux côtés des radicaux, autant de sièges que les « opportunistes », Clemenceau est désormais à la tête d’une puissante force d’opposition républicaine. Le temps des « fondateurs » s’achève.

Auteur : Barthélemy JOBERT et Pascal TORRÈS
source :
http://www.histoire-image.com/
par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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Lundi 3 décembre 2007
Après avoir brossé le portrait du Maréchal de Lattre le mois dernier il nous a semblé cohérent d'enchaîner avec celui de Georges Clémenceau, tant il est vrai que les vies et les destins respectifs de ces 2 grands hommes peuvent être mis en parallèles :
leur naissance à Mouilleron-en-Pareds, leur rôle dans les deux guerres mondiales, le fait qu'ils aient signé au nom de la France lors des "deux victoires" mettant fin aux deux conflits mondiaux, la même reconnaissance et le même hommage de la France : "A bien mérité de la patrie"

clemenceau.jpgNé le 28 Septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds (Vendée), Georges clemenceau, après une enfance vendéenne, devient médecin comme son père et suit des études à Nantes puis à Paris en 1865. Il commence déjà à faire de la politique au Quartier Latin. A 24 ans, il est docteur en médecine et part pour les Etats-Unis afin d'y étudier la Constitution. Il y reste cinq ans et s'y marie. De retour en France, il participe à l'insurrection parisienne contre le régime impérial. Elu, à trente ans, maire de Montmartre puis député de la Seine, il est aussi conseiller municipal de Paris, président du conseil municipal en 1875, député du Var en 1880.

Le Tigre

Clemenceau, chef de l'extrême gauche radicale depuis 1876, s'oppose violemment à la politique coloniale de Jules Ferry et est à l'origine de la chute de plusieurs gouvernements. Ce sont ses coups de griffe qui seront à l'origine de son surnom de "Tigre".

Battu aux élections de 1893, il retourne à ses premières amours, l'écriture et surtout le journalisme. Il collabore à différents journaux dont l'Aurore où il fait publier l'article d'Emile Zola "J'accuse" en faveur de Dreyfus.

Sénateur du Var en 1902, il est ministre de l'Intérieur puis Président du Conseil en 1906 jusqu'à 1909. Il institue le Ministère du Travail et fait voter des lois sur le repos hebdomadaire, la journée de 10 heures, les retraites ouvrières mais réprime aussi durement des grèves. Renversé, il retourne alors dans l'opposition et fonde un nouveau journal: "L'Homme Libre" qui devient "L'Homme Enchaîné" en 1914 à cause de la censure.

Le Père La Victoire

Le 20 Novembre 1917, Poincaré fait appel à lui pour être à nouveau Président du Conseil. Il sait prendre des mesures impopulaires, mais se rendre lui-même populaire en parcourant les tranchées la canne à la main (à 76 ans !). Il sait surtout faire confiance à Foch, contre l'avis des députés. Au lendemain de l'Armistice, Président de la Conférence de la Paix, il se montre intraitable avec l'Allemagne. Il n'est pourtant pas pleinement satisfait du traité, y ayant discerné les faiblesses. Candidat à la présidence de la République en 1920, Clemenceau se voit préférer Deschanel. Il se retire donc dans sa petite maison de pêcheur à Saint Vincent sur Jard en Vendée, où il continue à écrire, s'alarmant du réarmement de l'Allemagne.

Il s'éteint le 24 novembre 1929, à son domicile de la rue Franklin à Paris.

source : cheminsdememoire.gouv.fr
par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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Mardi 13 novembre 2007
Nous continuons notre série sur le Maréchal de Lattre de Tassigny qui se poursuivra durant tout le mois de Novembre. Chaque mois, nous approfondirons la vie d'un grand homme, d'un patriote qui, par sa vie et son rayonnement, peut être un modèle grand et exigeant pour chaque jeune que nous sommes. La jeunesse a besoin d'exemples pour se construire. Notre riche Histoire nous en propose un certain nombre! 
Prenons le temps de chercher à les connaître et d'écouter ce qu'ils ont à nous dire... Car ces grands hommes nous murmurent des secrets, des trésors d'un prix inestimable, par delà la mort et le temps...

Le département de la Vendée a su, depuis 20 ans, cultiver la richesse de ses grands ancêtres et les faire connaître aux plus jeunes. En plus des exemples de vie proposés cela permet aux Vendéens de renforcer leur fierté d'appartenance à leur terre; et donc de renforcer leur sentiment d'appartenance à la France.

L'hommage rendu le 11 janvier 2002 à de Lattre par le Conseil Général de la Vendée a été l'occasion d'expliquer au grand public ce dont ce Maréchal de France rayonne. Nous vous invitons à lire ce résumé trouvé sur le site internet du Conseil Général de la Vendée.


Un homme d'exception, né à Mouilleron-en-Pareds


delattrefilsnew-copie-1.jpgLe 11 janvier 1952, la France est sous le choc. La France est en larmes, de tout le pays monte une plainte, tous les foyers de France ressentent comme une amputation : Jean de Lattre de Tassigny est mort. La France vient de perdre un fils de légende”. Ce 11 janvier 2002, la foule qui se tient devant Philippe de Villiers se tait. Car ces mots, avant tout, inspirent un silencieux respect. Et ces mots, chargés d’émotion, célèbrent bien plus que la commémoration du 50ème anniversaire de la mort du Maréchal. Ces mots touchent le cœur des Vendéens venus nombreux assister à l’événement, des Vendéens tenus en haleine par le souvenir intact de cet homme d’exception né à Mouilleron-en-Pareds, des Vendéens gagnés par l’émotion face à l’histoire de ce héros de légende. (légende photo : de Lattre décore son fils Bernard) 

Jean de Lattre, le Vendéen


Né en 1889 à Mouilleron-en-Pareds, Jean de Lattre de Tassigny gardera toute sa vie une immense ferveur pour la Vendée. C’est sans nul doute de cette terre natale qu’il s’imprègne dès sa plus tendre enfance, cette terre vendéenne où il grandit et où il cultive les valeurs qui l’accompagneront tout au long de sa vie : la fermeté, la volonté de “ne pas subir” à Verdun, le panache, la grandeur et l’élégance du militaire mais aussi la foi, l’opiniâtreté, l’écoute, le don de soi pour ses hommes. Ce sont ces valeurs qui feront dire à ses soldats combien ils se sentaient proches de lui, sans l’avoir jamais côtoyé bien souvent, et combien chacun d’entre eux reconnaissait avec fierté que c’était un honneur d’avoir combattu sous son commandement. C’est cette même ferveur pour la Vendée qu’il garde précieusement au fond de lui jusqu’aux derniers jours, et même jusqu’à sa mort, où, après les obsèques nationales, il choisit d’être inhumé, dans le recueillement et l’intimité, à Mouilleron-en-Pareds, dans une modeste tombe de soldat auprès de celle de son fils Bernard, ce fils unique mort pour la France en Indochine, à seulement 23 ans. Et pour bien comprendre l’ampleur de la vie de Jean de Lattre, il faut souligner l’importante place que prit à juste titre la maréchale, Simonne de Lattre de Tassigny dont chacun, parmi tous ceux qui l’ont connue, salue la grandeur, le courage, l’amour et le sens de la vie, au-delà des souffrances qu’elle eut à porter. Comment alors passer sous silence la place indéniable qu’elle prit aux côtés de son mari et aux côtés du général. Du maréchal de Lattre, tous garderont en mémoire cette journée du 9 mai 1945 où, aux côtés d’Eisenhower et Montgomery, il signa, à la demande du général de Gaulle, la capitulation allemande à Berlin. Une date historique certes mais qui ne doit en aucun cas faire oublier chacune des victoires de ce grand homme. 

Le Maréchal de Lattre, libérateur de la France


Que dire quand, en 43, recevant les affres de la seconde guerre mondiale de plein fouet, ce jeune général, refusant d’obéir aux ordres de Vichy, se retrouve condamné à dix ans de prison. Puis il rejoint Alger, le général de Gaulle lui confie la 1ère armée, une armée qu’il dirige de main de maître et qu’il porte admirablement jusqu’au débarquement de Provence, dans une lignée victorieuse et lumineuse qui traverse le pays comme une onde d’espérance : Toulon et Marseille, en un jour, et un mois avant le calendrier prévu ; puis c’est la remontée de la vallée du Rhône, et la poursuite de cette longue marche en avant : Dijon, Besançon... et enfin, Colmar et la traversée du Rhin jusqu’au Danube. Tout au long de ces années de guerre, c’est le parcours d’un être admirable qu’il est possible de retracer aujourd’hui. Car si Jean de Lattre de Tassigny est un militaire d’exception, c’est aussi sans conteste un homme d’exception. Né à la fin du 19ème siècle, il restera pour tous les Français une grande figure du 20ème. Son nom reste à tout jamais gravé dans l’Histoire de France, dans la mémoire et dans le cœur des Vendéens.

par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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Lundi 12 novembre 2007

Pour lire la première partie de sa biographie : cliquez ici

Pendant l'offensive allemande de mai 1940, la 14ème Division d'Infanterie commandée par de Lattre  oppose une résistance acharnée à la Wehrmacht. Sa division résiste même héroïquement et conserve miraculeusement sa cohésion militaire au milieu du chaos de la débâcle. Il continue à se battre à Mourmelon, à Nevers et devant Clermont-Ferrand, évitant à ses troupes l'humiliation de la défaite et de la captivité.
 

Resté dans l'armée d'armistice, il fonde plusieurs écoles de cadres, dans l'esprit du programme de régénération de la jeunesse prôné par le régime du maréchal Pétain. En septembre 1941, il dirige les troupes françaises de  Tunisie. En janvier 1942, il est nommé commandant de la 16ème division militaire à Montpellier et promu général de Corps d'Armée.

En novembre 1942, lors de l'invasion de la zone libre par les Allemands, il donne l'ordre à ses troupes de résister. Mais il est arrêté et condamné à dix ans de prison. Aidé par son jeune fils, sa femme et des résistants, il s’évade de la prison de Riom et gagne l’Angleterre grâce à un avion de la RAF.

Le 11 novembre 1943, à Alger où il a rejoint le général de Gaulle
,  il est nommé général d'armée.

La France Libre est alors en train de reconstituer une véritable armée destinée à libérer le territoire national aux côtés des alliés anglo-américains. De Lattre se voit confier la formation et le commandement de l'Armée B, future Ière Armée Française. Il réalise l'amalgame des troupes d'Afrique du Nord avec les Forces Françaises Libres et les volontaires évadés de France et de l'Empire.

Ayant libéré l'Île d'Elbe en juin 1944, les troupes de De Lattre débarquent en Provence, le 15 août. Après la libération de Toulon et de Marseille commence la remontée de la Vallée du Rhône avec de durs combats en Bourgogne et en Franche-Comté. Parvenue jusqu'aux Vosges, la Ière armée est ensuite la première de toutes les armées alliées à atteindre le Rhin. Elle pénètre en Allemagne en février 1945 et avance jusqu'en Autriche. C'est la fameuse campagne "Rhin et Danube", glorieuse mais lourde en pertes humaines, puisqu'elle déplore 14 000 tués et plus de 40 000 blessés.

Consécration suprême, le 8 mai 1945, le général de Lattre de Tassigny signe à Berlin, au nom de la France, l’acte de capitulation des armées allemandes.

Par la suite, le général de Lattre occupe les fonctions d'inspecteur général de l’armée et de commandant des forces terrestres
  de l’Union occidentale.

En 1951 il est nommé au poste de haut-commissaire en Indochine, chargé de rétablir une situation critique due à la progression
  des troupes du Viêt-minh.

Très affecté par la mort de  son fils Bernard, tué au cours de cette campagne, de Lattre, atteint d'un cancer, meurt à Paris
  le 11 janvier 1952.

Jean de Lattre de Tassigny est élevé à titre posthume à la dignité de maréchal de France.
L'esprit de panache, le goût de l'apparat, l'allure de grand seigneur l'avaient fait surnommer par ses hommes: "Le Roi Jean"

sources : 
college-masevaux.org
lesfeuillants.com
par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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Samedi 10 novembre 2007

delattre.jpgSa devise : "Ne pas subir." 

Maintes fois évoquée dans de nombreux ouvrages dont peu dépassent le stade de l'hagiographie, la vie du maréchal de Lattre restait encore un terrain vierge pour une étude rigoureuse et complète. Ancien officier qui servit sous les ordres de de Lattre, Bernard Destremeaux, diplomate, membre de l'Institut, s'est attelé à cette tâche. Il nous livre une biographie qui se distingue par une exploitation méthodique d'archives tant françaises qu'étrangères, tant publiques que privées et au premier rang de celles-ci les archives même du maréchal. Solidement étayé par une bibliographie extrêmement riche, l'ouvrage, par la richesse et l'élégance du style, offre une véritable épaisseur à son héros dont le charme et la personnalité éclatent au fil des pages. Le portrait tout en nuances de Destremeaux insiste particulièrement sur les apparentes contradictions qui caractérisent le personnage même de de Lattre.

Jean de Lattre de Tassigny naît en 1889, à Mouilleron-en Pareds, bourgade de Vendée qui se targue déjà d'être le berceau du "Tigre", Georges Clemenceau. En cette année de centenaire de la Révolution française, la venue au monde de ce descendant du mariage d'un "Bleu" vendéen et de la fille d'un "Blanc" semble déjà une marque du destin qui rend de Lattre inclassable. A une époque où débats entre parti clérical et partisans de la laïcité, monarchistes et républicains, dreyfusards et anti-dreyfusards divisent la France, de Lattre, élevé dans la tradition catholique, étonne par son ouverture d'esprit. L'ambivalence de son caractère influe largement sur sa carrière militaire. Il oscille entre tradition et modernité, goût du panache et réalisme. Loin de considérer ces valeurs inconciliables, de Lattre ne voit pas l'une sans l'autre.
 
Il est reçu à Saint-Cyr où il entre en 1909 après avoir effectué un an de service comme simple soldat, puis comme brigadier, au 22ème Dragons. A St-Cyr, il est le condisciple, sans être de la même promotion, de Charles de Gaulle et d'Alphonse Juin. A la sortie de l'École, il choisit la cavalerie et fait un stage d'un an à Saumur. Quand la première guerre mondiale éclate en 1914, Jean de Lattre de Tassigny est lieutenant de dragons et se trouve, à partir de 1915, aux avants-postes du conflit dans l'infanterie, alors "reine des batailles" de la Guerre.
Dès le 11 août 1914, il est blessé au genou et, un mois plus tard, au cours d'une confrontation avec des uhlans, il reçoit un coup de lance dans la poitrine qui le laisse pour mort. Mais il se rétablit et demphoto-de-lattre.jpgande alors à être versé dans l'infanterie. Il prend part aux combats sur différents champs de bataille: à Verdun, au Chemin des Dames et aussi sur le front de Burnhaupt. C'est sur ce site qu'il est à nouveau blessé en 1915: au cours d'un bombardement, il est atteint d'un éclat d'obus au mollet. Il est alors évacué à l'arrière du front, à Masevaux où il se remet de sa blessure.
En 1918, Jean de Lattre de Tassigny termine la guerre avec le grade de capitaine. Au cours du conflit, il a été quatre fois blessé et huit fois cité au combat.

Officier de terrain, il fait ses preuves au feu tant en Europe qu'au Maroc avec Lyautey. Il devient un remarquable officier d'état-major aux côtés du général Weygand. Malgré son hostilité envers les idées communistes, de Lattre se pose comme l'un des artisans du rapprochement militaire franco-soviétique au milieu des années 30 afin de parer au danger allemand.
Admis en 1927 à l'École supérieure de guerre, dont il sort major, il est affecté en 1931 à l'état-major du général Weygand. Nommé colonel, il commande, de 1935 à 1937, le 5e régiment d'infanterie, basé à Metz. En 1939, au moment où éclate la Seconde guerre mondiale, Jean de Lattre de Tassigny est le plus jeune général de l'armée française.

Fin de la première partie de la vie du Maréchal de Lattre de Tassigny
Suite et fin en cliquant ici

par André Barizec publié dans : Les mois patriotes
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